Ça fait deux semaines que je n’ai rien publié. Le dernier texte de ma série consacrée à la respiration, celui sur les respirations dynamiques façon Wim Hof, devait arriver depuis un moment. Il n’est toujours pas écrit.
La vérité, c’est que j’ai commencé cette série il y a près de deux mois, et qu’aujourd’hui j’ai beaucoup de mal à revenir dessus. Rester plongé dans le même thème aussi longtemps devient difficile, presque malgré moi.
Des fois je me dis manquer de constance ou simplement de volonté. Alors que c’est un trait que je reconnais bien chez moi : le besoin de variété d’abord et une difficulté à tenir un objectif qui s'étire ensuite.
Comme beaucoup de personnes passionnées par la santé, je cherche souvent la meilleure alimentation, le meilleur programme d’entraînement ou la meilleure routine. Et c’est une erreur car je dépense surtout plus d'énergie à choisir les bons outils qu'à les appliquer.
« Si le seul outil que vous avez est un marteau, tout ressemble à un clou. » A. Maslow
Cette phrase a changé ma manière d’apprendre, mais aussi d’accompagner les autres. Et comme j’aime le répéter, ce n’est pas tant la réponse qui compte mais de savoir formuler la bonne question.
Deux individus peuvent adopter exactement la même alimentation, suivre le même entraînement et vivre dans un environnement comparable, tout en obtenant des résultats très différents. L'un progresse rapidement quand l'autre stagne, l'un récupère facilement quand l'autre s'épuise, et l'un adore une méthode que l'autre abandonne au bout de quelques jours.
En vrai, la question n’est pas de savoir quelle est la meilleure méthode mais à qui cette méthode s’adresse réellement. Et cette idée est beaucoup plus ancienne qu’on ne l’imagine !
Les tempéraments hippocratiques
Il y a plus de deux mille ans, Hippocrate cherchait déjà à y répondre et il proposa quatre grands tempéraments : le sanguin, le bilieux, le lymphatique et le nerveux. Avec les connaissances de son époque, il expliquait ces différences par l’équilibre des différentes « humeurs » du corps (sang, lympe, bile).
Sa manière d’expliquer ces différences ne correspond plus à ce que nous savons aujourd’hui de la physiologie. En revanche, la question qu’il se posait reste d’une étonnante modernité : comment tenir compte de l’individualité biologique au lieu de conseiller tout le monde de la même façon ?
Cette intuition ne se retrouve d’ailleurs pas uniquement dans la médecine grecque. L’Ayurveda décrit plusieurs constitutions, la médecine traditionnelle chinoise raisonne également en profils, et d’autres traditions ont développé leurs propres classifications. Toutes parlent un langage différent, mais elles pointent dans la même direction.
Depuis plus de deux mille ans, nous inventons de nouvelles cartes. Elles changent tandis que la question est restée la même. Le vivant est infiniment plus complexe que les modèles que nous construisons pour essayer de le comprendre.
Le neurotyping : une version moderne de cette intuition
Un courant plus récent, né dans le monde du coaching sportif de haut niveau, part de la même intuition. Charles Poliquin fut l’un des préparateurs physiques les plus influents de sa génération, et Christian Thibaudeau, préparateur physique, auteur de renom, s’est beaucoup inspiré de lui. Il a poussé cette intuition pour construire une nouvelle carte : celle du profil nerveux de chacun.
Le Neurotyping, ou neuro-typage en français, repose sur l’idée que nous ne sommes pas toutes et tous sensibles de la même manière aux neurotransmetteurs.
Pour rappel les neurotransmetteurs sont ces molécules chimiques que les neurones utilisent pour communiquer entre eux. Certains d’entre eux sont excitateurs et favorisent l’activation du système nerveux, tandis que d’autres sont inhibiteurs et contribuent à l’apaiser. Le Neurotyping s’intéresse en particulier à six d’entre eux.
Le glutamate est le principal neurotransmetteur excitateur du cerveau. La dopamine favorise quant à elle la motivation et la recherche de récompense, tandis que la noradrénaline augmente la vigilance et la concentration. À l’inverse, le GABA, principal neurotransmetteur inhibiteur, contribue à freiner l’activité nerveuse et à favoriser l’apaisement. La sérotonine participe également à la stabilité émotionnelle et à la régulation de nombreuses fonctions comme l’humeur ou le sommeil. Enfin, l’acétylcholine intervient surtout dans l’apprentissage, la mémoire, l’attention et le contrôle des mouvements.
Nous possédons toutes et tous ces neurotransmetteurs, mais notre sensibilité à chacun d'eux varie et influence notre réponse à l'entraînement, au stress, à la récupération et aux choix alimentaires. Le Neurotyping cherche à personnaliser ces stratégies en fonction du profil neurologique de chacun.
Le Neurotyping distingue cinq grands profils.
1A - le conquérant : recherche naturellement les défis, la compétition et les environnements où il peut repousser ses limites.
1B - le leader : est stimulé par la maîtrise, la progression et les projets ambitieux. Il aime aussi transmettre, entraîner et inspirer les autres.
2A - le caméléon : puise son énergie dans la nouveauté, les rencontres et les environnements inspirants.
2B - l’harmonisateur : accorde davantage d’importance à la sécurité, à la reconnaissance et des repères stables.
3 - l’analyste : apprécie la simplicité, la régularité et les méthodes éprouvées.
Comme toutes les cartes, cette classification simplifie la réalité. Personne n’appartient parfaitement à un seul profil. Nous sommes tous une combinaison de plusieurs tendances, avec une dominante plus ou moins marquée.
Pourquoi cette approche m’a autant intéressé
Au cours de ma carrière, j’ai passé et fait passer de nombreux tests de personnalité comme le MBTI, parmi les plus connus en entreprise. Je leur reconnais une réelle utilité. Ils permettent souvent de mieux comprendre notre manière de communiquer, de prendre des décisions ou d’interagir avec les autres.
En revanche, aucun d’entre eux ne m’a aidé à répondre à une question beaucoup plus concrète : pourquoi certaines méthodes d’entraînement me convenaient-elles parfaitement alors que d’autres me vidaient de mon énergie ? Pourquoi certaines habitudes alimentaires semblaient me réussir alors qu’elles convenaient beaucoup moins à d’autres personnes pourtant tout aussi motivées ?
Le Neurotyping a été la première grille de lecture qui m’a permis de relier, avec une certaine cohérence, la psychologie, le fonctionnement du système nerveux et des choix très concrets du quotidien. J’ai récemment refait le questionnaire de Neurotyping. Et contrairement à ce que je me souvenais, mon profil n’est pas principalement 1B. Je présente une très forte dominante 2A (Caméléon), suivie d’une forte dominante 1B (Leader).
Pendant longtemps, je me suis demandé pourquoi certains programmes d’entraînement me passionnaient pendant quelques semaines avant de devenir profondément ennuyeux. J’avais également remarqué que certaines rencontres me rechargeaient littéralement, alors que d’autres me laissaient vidé de mon énergie. Je constatais ces différences sans réussir à les relier entre elles.
Cette grille de lecture m’a aidé à comprendre que mon besoin de variété n’était pas seulement une question de caractère. Il pouvait aussi refléter une manière physiologique et “nerveuse” de fonctionner. Aujourd’hui, cela influence la façon dont j’organise mes entraînements, mes périodes d’apprentissage et mon alimentation, tant dans le choix des aliments que dans la fréquence des repas.
Concrètement, je fais 3 séances de renfo par semaines, avec kettlebell. Elles ne sont pas identiques entre elles. Je les pratique 4 semaines et je change le programme le mois suivant. Ca ne me donne pas l’impression de faire un programme justement. Et les mouvements à la KB sont dynamiques, variés et s’enchainent dans des flow qu’on appelle des “complex”. J'y ajoute du yoga en studio 3x/ semaine et de la course en endurance fondamentale 2x/ semaine, pour varier les formats plutôt que les intensifier. Et je n’ai pas/plus l’impression de vivre cela comme une contrainte ou une discipline, mais plutôt comme un jeu ou un kiff. Ce n'est sans doute pas un hasard si le kettlebell, souvent cité comme méthode adaptée à ce profil, me convient si bien.
Côté alimentation, je sais que je digère mieux en fractionnant mes repas, même si je n'y arrive pas toujours aussi souvent que je le voudrais. Et ma digestion, ma concentration et ma récupération sont effectivement nettement meilleures quand j’ai un apport glucidiques faible, inférieur à 60g/jour.
Comprendre avant de personnaliser
Le Neurotyping est une approche empirique. Je la trouve pertinente parce qu’elle permet souvent de gagner du temps. Pour autant, je ne la considère pas comme une vérité définitive : aucune grille de lecture ne remplace l’observation attentive d’une personne, de son histoire et de ses réactions. Je ne crois pas aux méthodes qui promettent de fonctionner pour tout le monde. En revanche, je crois à notre capacité de comprendre les mécanismes qui nous rendent uniques.
L’exemple que je donnais en introduction sur mon blocage avec la série Respiration illustre bien cette idée. Et d’ailleurs comprendre pourquoi je fonctionne m’a simplement évité de me juger (comme je le fais si souvent) pour un manque de discipline.
Ma dominante 2A a besoin de variété pour rester engagée. Le succès du premier article de la série, La porte d’entrée oubliée, m’a fortement stimulé, puis le faible engagement sur les suivants, ajouté à la répétition du sujet, a progressivement fait retomber ma motivation. Ma composante 1B se nourrit de résultats concrets et de retours positifs des autres. Et écrire cette newsletter, qui n’est pas la suite attendue, me soulage ! Le dernier opus sur la respiration arrivera. Simplement pas cette semaine.
Je fonctionne de la même manière avec les personnes que j’accompagne : je pars toujours de ton terrain, jamais d’une méthode toute faite. Le Neurotyping fait partie des outils que j’utilise, parmi d’autres. Si tu veux savoir ce que ton propre profil raconte de ton entraînement, ton alimentation ou ta manière de tenir dans la durée, je t’invite à me contacter.
Une carte n’est jamais le territoire, mais elle aide à s’orienter. Ce qui prime, et c’est toute la philosophie de Cultive le Vivant, c’est se comprendre et se connaître.
Parce qu’une compréhension vaut mille règles.
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On est ensemble ❤️
Jalil






Rien à dire sur le neurotyping en soi, mais la carte n’est pas le territoire, cette phrase je me la répète souvent aussi, à propos d’organisations plutôt que de profils. Ce qui me plaît dans ton texte, c’est que tu montres ce que la grille t’a permis de comprendre plutôt que de la vendre comme une vérité.
Super article merci beaucoup !! Je me suis régalé comme souvent.
Tu m'as inspiré l'importance de s'écouter, de respecter notre rythme et notre style. Que ce soit pour l'écriture d'une newsletter, le sport, l'alimentation ou le relationnel.
Et tu m'as terriblement donné envie d'en savoir plus sur le neurotyping.
Est-ce qu'il y a des tests pour connaître notre profil ? Je ne parle pas de tests avec QCM et 50 questions dans tous les sens mais plutôt un test plus médical/scientifique...