Deux mois de silence sur Substack. Je reviens avec un texte intime : une lettre de clôture. Je pensais continuer avec un format court et régulier… Pas possible, mon cœur était en chantier ! Et pour le format court… Ben ce sera pour une prochaine fois !
J’ai parlé d’hormèse dans un précédent post, principe fondamental du vivant qui permet des adaptations positives. Aujourd’hui je vais vous parler d’hormèse du cœur… bien plus difficile qu’un bain froid !
Je ne sais pas exactement par quoi commencer, alors je commence par moi.
Par l’homme que je suis.
Par l’enfant que j’ai été.
Par tout ce qui a survécu entre les deux.
Je pose ici un acte : clore un cycle de dépendance affective et émotionnelle. Je retire mes projections, mes attentes, mes demandes implicites. Je suis face à moi-même, sans médiation. J’utilise le temps présent volontairement.
Intention et cadre
Je ne règle pas des comptes. Je ne cherche ni pardon public, ni explication publique.
Je dis simplement : voilà ce que je comprends, voilà ce que je choisis.
Je parle avec respect de celles et ceux qui ont compté. Aucun détail intime ne sera exposé, ce n’est pas le lieu. Mon intention n’est pas de blesser ni d’exposer qui que ce soit. C’est un geste de mise au clair et de responsabilité personnelle.
J’écris pour honorer. Pour remercier. Et pour libérer.
Le macchabée sur la plage
Un matin du mois de novembre, je marche le long de la plage à l’aube - voir la lumière naturelle au réveil permet de régler nos cycles circadiens. C’est même fondamental et souvent ignoré. Bref, j’admire le lever de soleil, je ré-apprend à marcher (j’ai une articulation arthrosique enflammée) et je fais attention à bien regarder au loin, vous savez, cette vue la plus large que nous avons, celle où on voit sur les côtés (vision magno-cellulaire). C’est alors que je vois au loin comme un animal échoué, d’un blanc laiteux qui me laisse croire d’abord à un mollusque céphalopode géant. Puis le mollusque se transforme en statue grecque… La mer l’a rejeté. Paix à son âme. Moi j’étais en panique quand même au passage…
Ce que j’ai vu
L’inconscient a ses signaux. Parfois discrets, parfois violents. Et au détour de diverses discussions, il m’a montré deux peurs primitives : le manque d’amour, et la mort. Il m’a montré des symboles et des répétitions : choisir des histoires où l’on rejoue le manque. Mes relations les plus marquantes m’ont servi de miroirs.
Des miroirs, pas des solutions.
Je le vois aujourd’hui : l’inconscient voulait rejouer pour réparer.
C’est à travers une de mes plus belles relations qu’une insécurité archaïque s’est réveillée. Des angoisses puissantes, incomprises pendant des mois. C’est dur à écrire, mais vrai : j’attendais d’être pris en charge - une attente inconsciente de réparer un amour maternel.
Je ne veux plus plier devant ce schéma. Je deviens mon propre parent. J’ai besoin de douceur, je le revendique et j’en suis responsable.
Catharsis, le corps comme témoin
Quand le cœur bouge, le corps parle. Mon système nerveux est en transition. Et la transition est violente ou du moins excessivement douloureuse. Mon corps a choisi les zones les plus symboliques pour exprimer cela. C’est violent, c’est coupant, c’est inflammatoire, c’est aiguë comme une crise de goutte.
Foie douloureux, fatigue excessive, brouillard mental, indigestions... Incomplétude, vide latent, besoin de combler, d’acheter, de me débarrasser, de donner, de ranger, d’organiser, de remplacer, de changer, de jeter, de brûler. Cohérence matérielle avec l’homme que je deviens.
Puis un autre mouvement intérieur prend place, celui de marcher en montagne, de chercher et trouver le bruit blanc, avec pour objectif le repos intense. Mon système nerveux se recompose. C’est violent parfois, mais c’est vivant. C’est lent aussi ; et très rapide à la fois. Chelou !
Passage initiatique
Je suis en réorganisation affective, un renversement d’attachement vieux de 40 ans. Je veux vivre sans substitut. Je vois mes stratégies d’anesthésie. Voilà ce que c’est l’hormèse du cœur, regarder à l’intérieur de soi, réaliser ce que nos émotions disent de nous : exposer le cœur à une vérité difficile, ce n’est pas laisser la tempête passer, mais c’est d’abord éprouver ses émotions aussi anciennes soient-elles, se libérer et enfin se renforcer. En étant plus résilient, en s’adaptant avec équilibre aux challenges.
Pardon et ajustement
Je pardonne à ma mère d’abord, pleinement. Je l’aime, et j’accepte ses limites. J’ajuste les liens au lieu de les couper : aimer sans dépendre, dire vrai sans détruire. Avec limites, sans rupture, avec maturité, respect, conscience et spiritualité.
Je me pardonne ensuite pour m’être raconté une légende pendant des années. Chacun fait ce qu’il peut, je veux me raccrocher aux intentions.
Et pour terminer, je te demande pardon. Tu as touché un endroit sensible en moi, un endroit qui existait avant toi. Je garde l’amour - pas l’attente. Je garde le vrai - pas le manque.
« Le pardon est la plus belle fleur de la victoire. » V. Hugo
Déclaration d’adulte
Je suis un homme entier, pas un fils en manque. J’entre dans mon axe masculin.
Jalil, souffle. Tu n’as plus besoin de lutter. Tu as du temps. Tu es assez.
JE SUIS ASSEZ
Je n’étais pas inattentif en classe : j’étais sous-stimulé. Je suis dopaminergique, curieux, intense. Je pense, je capte, je ressens, je décode, je comprends vite - mais seulement quand c’est stimulant. Quand c’est vrai. Quand c’est bienveillant. Quand c’est vivant. Quand j’y vois un intérêt. Et quand ça m’intéresse !
J’ai fonctionné à la validation. J’ai cherché l’amour. J’ai voulu plaire, briller, attirer l’attention. Je voulais qu’on me voie - qu’on m’aime - qu’on me dise que j’existe.
Je me libère.
Je n’aurai jamais la validation de tout le monde - et je n’en ai pas besoin.
Je m’aime moi. Je ne doute pas de mes efforts. Je suis un lion, un curieux, un aventurier ! Si l’amour (re)vient, ce sera en écho, pas en béquille. J’en fais le serment (et ça ne t’exclut pas) !
Identité et foi
Amazigh dans le cœur, judéo-chrétien dans la pensée, arabo-musulman de patrimoine, fils de la Nature.
Memento mori.
J’ai foi : en moi, en Dieu, en le Vivant, en les ancêtres, en la montagne, la mer, les dunes, la forêt, la nuit. Foi dans ce qui pousse sans permission et sans compromission.
Je suis libre, vivant, entier. Je suis assez.
L’hormèse du cœur, c’est aller là ou ça fait peur, bien profond à l’intérieur. Ne pas le fuir. Éprouver. S’adapter et se renforcer !
Le cycle est clos.
Et la suite commence maintenant.
Jalil
Note d’édition
Ce texte ne vise personne. Il marque une étape personnelle.
Merci de respecter l’intimité des personnes mentionnées implicitement.
Si ça t’inspire une réflexion, écris-moi, je te lirai.






Poignant et touchant par la sincérité qui s'en dégage. Quel courage ! Bravo !
C’est puissant ce que tu mets sur la table !
Je te reconnais, comme dans nos mentorats ; courageux, sincère, sans fausse pudeur.
Je te lis comme une poésie qui aurait plein de couleurs. ✨
Que la suite te soit belle, douce et intense.